Dirigeant : votre rémunération ne doit pas dépendre de ce qu’il reste.

Vous avez créé une entreprise, pas une activité bénévole. Pourtant, votre rémunération passe souvent après les salariés, les fournisseurs et les charges. Jusqu’au jour où cette situation provisoire devient la norme.

Les questions se ressemblent. Les entreprises, beaucoup moins.

Cet article vous donne des repères. Pour prendre la bonne décision, il faut aussi regarder votre situation, vos chiffres et vos priorités.

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« Je me verserai un vrai revenu quand l’entreprise ira mieux. »

Vous vous êtes peut-être déjà fait cette promesse. Au démarrage, pendant une période difficile ou pour financer un investissement, vous avez décidé de mettre votre rémunération entre parenthèses. L’entreprise devait d’abord payer les fournisseurs, les charges, les échéances bancaires et les salaires de l’équipe. Vous prendriez ce qu’il resterait.

Le mois suivant, vous avez repoussé encore.

Réduire temporairement votre rémunération peut être une décision réfléchie. Vous pouvez, par exemple, prévoir de ne pas vous payer pendant six mois, le temps de franchir un cap. À condition que cette période soit intégrée au prévisionnel, avec une échéance et des objectifs précis.

La situation est différente lorsque vous vous dites « le mois prochain » sans savoir quand vous pourrez reprendre une rémunération régulière. Votre revenu devient alors la variable d’ajustement de l’entreprise, sans que vous sachiez vraiment ce que celle-ci peut financer.

Ce que les chiffres disent de la rémunération des dirigeants

L’image du chef d’entreprise qui gagne confortablement sa vie ne correspond pas toujours à la réalité des petites entreprises.

Une enquête publiée en janvier 2024 par la Confédération des petites et moyennes entreprises indiquait qu’un dirigeant de TPE-PME interrogé sur cinq percevait moins de 1 400 euros nets par mois. Parmi les répondants, 31 % déclaraient percevoir entre 1 400 et 2 600 euros, 25 % entre 2 600 et 4 000 euros et 25 % plus de 4 000 euros.

L’enquête a été réalisée en ligne du 20 novembre au 17 décembre 2023 auprès de 1 331 entreprises adhérentes de la CPME. Elle ne représente donc pas à elle seule l’ensemble des dirigeants français. Elle montre néanmoins que, dans de nombreuses petites entreprises, le dirigeant n’est pas toujours la personne la mieux rémunérée.

Si votre rémunération varie d’un mois à l’autre, ou si vous ne savez pas précisément combien vous avez gagné sur l’année, il est utile d’en chercher la cause. Plusieurs situations peuvent se cacher derrière ce manque de visibilité.

Pourquoi votre entreprise ne vous rémunère-t-elle pas assez ?

Vous pouvez hésiter à vous payer parce que vous ne savez pas ce que le compte bancaire devra couvrir dans les prochaines semaines. Vous voyez de l’argent disponible, mais une partie devra bientôt régler la TVA, les cotisations, les fournisseurs ou les salaires.

Vous pouvez aussi manquer de visibilité sur la rentabilité de votre activité. Votre chiffre d’affaires progresse, votre carnet de commandes se remplit, mais certaines prestations ou certains clients rapportent peu une fois le temps passé et les charges pris en compte.

Enfin, vos prix ne couvrent peut-être pas tous les besoins de l’entreprise. Vous avez prévu les matières premières, les charges courantes et les salaires de vos collaborateurs, mais votre propre rémunération est restée en dehors du calcul. Votre modèle économique semble alors équilibré parce que votre travail coûte presque rien à l’entreprise.

Votre décision de protéger vos salariés peut aussi vous conduire à réduire votre rémunération en premier. Ce choix peut être nécessaire pendant quelque temps. Il ne peut pas tenir lieu de plan si rien n’est prévu pour corriger la situation.

Une entreprise peut-elle être rentable si elle vous rémunère mal ?

Un résultat comptable positif ne signifie pas toujours que l’entreprise peut financer le revenu nécessaire au dirigeant.

Imaginez que vous travailliez cinquante heures par semaine et que vous ne vous versiez que quelques centaines d’euros par mois. Les comptes peuvent sembler équilibrés. Mais si l’entreprise devait rémunérer une autre personne pour effectuer votre travail, le résultat serait peut-être très différent.

Une partie de la rentabilité apparente repose alors sur un travail qui n’est pas payé à sa juste valeur. C’est pourquoi la santé de votre entreprise ne se mesure pas seulement à sa capacité à payer ses charges. Elle doit aussi pouvoir financer durablement la personne qui la fait fonctionner.

Cela ne signifie pas que votre rémunération doit être élevée dès le départ. Si vous créez ou reprenez une entreprise, une montée en puissance progressive peut être cohérente. Mais elle doit être prévue : combien de temps pouvez-vous tenir, quel revenu visez-vous ensuite et quels résultats l’entreprise devra-t-elle atteindre pour le financer ?

Rentabilité et trésorerie : deux questions différentes

Une entreprise peut être rentable et manquer de trésorerie. Des clients qui paient tard, des stocks importants ou plusieurs dépenses concentrées sur la même période peuvent créer des tensions sur le compte bancaire. Pour approfondir ce sujet, consultez notre page sur la gestion de trésorerie.

À l’inverse, un solde bancaire positif ne signifie pas que toute cette somme est disponible. Une partie peut servir à payer la TVA, les cotisations, les fournisseurs ou une échéance à venir.

Vous ne pouvez donc pas décider de votre rémunération en regardant uniquement le solde du jour. Pour savoir ce que l’entreprise peut vous verser, vous devez connaître sa rentabilité réelle, ses encaissements attendus et ses dépenses à venir.

C’est le rôle du pilotage d’entreprise et de trésorerie : vous donner une vision assez claire des prochaines semaines pour décider sans vous fier au seul solde bancaire.

Comment savoir combien vous pouvez vous verser ?

Aucun montant ne convient à tous les dirigeants. Votre rémunération dépend de vos besoins personnels, de votre statut, de l’activité de l’entreprise, de sa rentabilité et de sa trésorerie.

Commencez par déterminer le revenu minimum dont vous avez besoin pour couvrir vos dépenses personnelles incompressibles. Ce n’est pas forcément le montant que vous souhaitez atteindre à terme, mais cela vous donne un premier repère. Prévoir une rémunération irréaliste dans votre budget ne rendra pas votre projet plus solide.

Regardez ensuite ce que cette rémunération coûterait à l’entreprise. Le montant net que vous percevez n’est pas toujours le coût total qu’elle doit supporter. Celui-ci varie notamment selon votre statut et la forme juridique de votre entreprise.

Le simulateur du coût de la rémunération du dirigeant permet de comparer plusieurs situations et d’estimer les cotisations, le coût global pour l’entreprise et le solde restant après rémunération. Il peut aussi comparer, pour une SAS ou une SASU, une combinaison de salaire et de dividendes.

Ces résultats restent estimatifs. Ils ne remplacent pas l’analyse de votre situation avec votre expert-comptable. Le but n’est pas seulement de trouver la solution qui coûte le moins cher : il faut aussi vérifier que le revenu que vous souhaitez est compatible avec ce que l’entreprise peut financer.

Que faire si l’entreprise ne peut pas encore vous rémunérer correctement ?

Commencez par établir un état des lieux : que rapporte réellement votre activité, où part l’argent et quelles échéances arrivent ? Une fois la situation plus claire, vous pourrez agir sur les causes plutôt que de compenser chaque mois en réduisant votre rémunération.

Selon ce que révèlent les chiffres, vous pourrez notamment :

  • vérifier quelles prestations, ventes ou clients contribuent réellement à la marge ;
  • revoir des prix qui ne couvrent pas le temps passé et les coûts de l’activité ;
  • repérer les dépenses devenues inutiles ou disproportionnées ;
  • accélérer les encaissements avec des acomptes, une facturation plus rapide ou des relances mieux organisées ;
  • réorganiser votre temps si des tâches urgentes ou peu rentables vous empêchent de développer l’activité.

Vous pourrez ensuite fixer une trajectoire : le montant que l’entreprise peut vous verser aujourd’hui, le revenu que vous visez et les résultats à atteindre pour réduire l’écart.

Prenons un exemple : vous prévoyez de vous verser 1 500 euros pendant six mois, puis 2 200 euros lorsque l’entreprise aura atteint un niveau de marge défini et sécurisé trois mois de trésorerie. Vous avez alors des repères pour suivre la situation et ajuster vos décisions.

« Je me paierai mieux plus tard » n’est pas un plan. Une échéance et des critères mesurables vous permettent, eux, de savoir si l’entreprise avance vers le revenu visé.

Création, reprise : prévoir la période sans rémunération

Au lancement d’une entreprise, vous pouvez choisir de vous rémunérer peu ou pas pendant quelques mois. Vous disposez peut-être d’une épargne, d’allocations ou d’une autre source de revenus temporaire.

Cette décision peut être cohérente si vous savez combien de temps elle peut durer et à quel moment l’entreprise devra prendre le relais.

La même vigilance s’impose lors d’une reprise. Un projet peut sembler rentable parce que le prévisionnel prévoit une rémunération très faible pour le repreneur. Pourtant, vous devrez aussi vivre, rembourser l’acquisition et financer les investissements nécessaires à l’activité. Une reprise n’est pas équilibrée si elle ne fonctionne qu’à condition que vous travailliez gratuitement pendant plusieurs années.

Rémunération ou dividendes : le choix vient après

Dans le langage courant, on parle souvent du « salaire du dirigeant ». Mais la façon de vous rémunérer dépend de la forme juridique de l’entreprise, de votre statut et de votre situation sociale et fiscale. Vous pouvez percevoir une rémunération liée à votre mandat, des dividendes en tant qu’associé, ou combiner plusieurs formes de revenus.

Les dividendes ne remplacent pas toujours une rémunération régulière. Ils dépendent notamment de l’existence d’un bénéfice distribuable et d’une décision de distribution. Ils ne sont donc pas nécessairement disponibles au moment où vous en avez besoin pour vivre.

Le choix entre rémunération et dividendes doit tenir compte de votre situation et de vos besoins. Il se travaille avec votre expert-comptable. Avant d’optimiser la façon de sortir de l’argent, assurez-vous que l’entreprise en produit suffisamment.

Votre rémunération ne devrait pas être une surprise à la fin du mois

Vous devez pouvoir savoir ce que l’entreprise peut vous verser, à quel moment et sous quelles conditions votre rémunération pourra évoluer. Pour cela, vous avez besoin de chiffres fiables et d’un suivi régulier.

Chez Optimum Gestion, la rémunération du dirigeant fait partie du pilotage de l’entreprise. Elle ne se calcule pas seulement lorsqu’il reste de l’argent sur le compte.

Votre activité doit financer ses fournisseurs, ses salariés, ses charges, ses investissements et son développement. Elle doit aussi vous permettre de vivre de votre travail.

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